L’année 2026 restera sans nul doute marquée par le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Débuté le 28 février dernier, ce conflit s’est prolongé jusqu’au 8 avril, date du premier cessez-le-feu, avant d’aboutir, le 17 juin à Versailles, à la signature d’un mémorandum en quatorze points mettant fin aux hostilités et ouvrant une période de négociations de soixante jours. La paix est revenue, mais elle demeure fragile et dépend du bon vouloir des protagonistes. Il convient néanmoins d’en recueillir les premiers bénéfices tant qu’elle perdure.
Un nouveau choc pétrolier aux effets mesurés
La guerre au Moyen-Orient, avec le blocage du détroit d’Ormuz, a pris en otage l’ensemble de l’économie mondiale, brutalement confrontée à une hausse de près de 40 % du prix du pétrole. Ce nouveau choc pétrolier est intervenu quatre ans seulement après celui provoqué par la guerre en Ukraine. Il est à l’origine d’une nouvelle poussée inflationniste dont l’ampleur devrait toutefois demeurer inférieure à celle observée entre 2022 et 2024. Le coût économique n’en est pas moins élevé. Les principaux instituts de conjoncture ont revu leurs prévisions de croissance à la baisse, de l’ordre de 0,5 point de PIB en moyenne. Les économies européennes et asiatiques, fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures, subissent un prélèvement pétrolier pouvant dépasser un point de PIB. À l’inverse, les États-Unis, devenus exportateurs nets de pétrole, bénéficient en partie de la hausse des cours. Face au risque de diffusion de l’inflation à l’ensemble de l’économie, la Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base.
Un reflux rapide des cours qui laisse espérer une désinflation
L’inflation pourrait néanmoins décélérer rapidement grâce au reflux des cours du pétrole, le baril étant déjà revenu de 110 à 70 dollars entre le début et la fin du mois de juin. La réouverture du détroit d’Ormuz, conjuguée à l’augmentation de la production des pays producteurs non directement touchés par le conflit au Moyen-Orient, devrait expliquer cette évolution rapide dans un contexte de croissance mondiale atone. Les pays du Golfe souhaitent, par ailleurs, compenser au plus vite les pertes de recettes enregistrées depuis le début de l’année.
Des conditions de crédit sous surveillance
La hausse des taux de la BCE ne remet pas en cause la détente amorcée depuis deux ans sur le marché du crédit, mais elle en ralentit le rythme. Les entreprises qui espéraient une baisse rapide du coût de leur financement devront composer avec des conditions de crédit un peu moins favorables, au moins jusqu’à l’automne. Si l’inflation revient durablement sous contrôle, une nouvelle baisse des taux directeurs pourrait intervenir, en particulier si la Réserve fédérale américaine engage elle aussi un mouvement d’assouplissement monétaire.
Le retour de la visibilité, condition première de l’investissement
La paix retrouvée réduit une partie de la prime de risque qui s’était installée sur les marchés. Les entreprises vont progressivement retrouver davantage de visibilité sur leurs coûts énergétiques. Cette visibilité est souvent plus importante que le niveau même des prix. Une entreprise peut s’adapter à une énergie durablement chère ; elle investit beaucoup plus difficilement lorsque ses coûts évoluent au gré des crises géopolitiques. L’incertitude demeure le premier ennemi de l’investissement.
En France, l’économie restera légèrement handicapée par les incertitudes liées aux prochaines échéances électorales, avec le risque de voir les décisions d’investissement être différées dans l’attente d’une meilleure visibilité sur les orientations de la future politique économique.
Les dividendes de la paix : une reprise conditionnée à la stabilité
Les dividendes de la paix existent toujours. Ils prennent la forme d’un pétrole meilleur marché, d’une inflation plus faible, de conditions de financement progressivement plus favorables et d’un retour de la confiance. Les entrepreneurs n’attendent pas des certitudes absolues ; ils ont avant tout besoin de stabilité. C’est celle-ci qui conditionne la vigueur de la reprise au cours des prochains mois.
Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.
FAQ : taux d’intérêt et entreprises
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