Selon Carl von Clausewitz, « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, engagé le 28 février dernier, en est une illustration, même si ses objectifs demeurent incertains : chute du régime, récupération de l’uranium enrichi, contrôle du marché pétrolier…
Or, pour reprendre une thèse de Raymond Aron, la conduite de la guerre n’est jamais conforme aux plans conçus en temps de paix. Sans nul doute, Donald Trump a sous-estimé la résistance du régime iranien qui, il ne faut pas l’oublier, a survécu à huit années de conflit particulièrement meurtrier avec l’Irak et à près de cinquante ans de sanctions. Les mollahs ont mis en place à la fois un système de surveillance étendu et un appareil de défense sophistiqué. L’absence de libertés est, en partie, compensée par la distribution de prestations sociales permettant de s’assurer le soutien d’une fraction de la population.
Donald Trump a commis une erreur comparable à celle de Vladimir Poutine en 2022, qui pensait qu’une offensive rapide suffirait à provoquer la chute du pouvoir à Kiev. Moscou n’avait certainement pas anticipé un conflit de plus de quatre ans, avec des centaines de milliers de morts à la clé. Le président russe n’avait pas davantage envisagé une réaction occidentale d’une telle ampleur, alors même que les économies semblaient fragilisées par la crise sanitaire.
De son côté, Donald Trump n’avait sans doute pas envisagé l’engagement de plus de 50 000 militaires sur une longue durée, à quelques mois des élections de mi-mandat. Il a négligé le fait que les nouvelles technologies favorisent souvent l’acteur le plus faible, surtout lorsque celui-ci dispose de l’avantage du terrain. Drones, missiles et mines déstabilisent des armées régulières qui supportent difficilement des pertes humaines élevées.
Avec des moyens limités, l’Iran a réussi à perturber le trafic dans le détroit d’Ormuz, véritable artère pétrolière de l’économie mondiale. Les principales victimes de cette situation sont les pays du Moyen-Orient, privés d’une partie de leurs exportations d’hydrocarbures, ainsi que les économies européennes et asiatiques. Les États-Unis, en revanche, apparaissent comme les grands bénéficiaires sur le plan énergétique. Devenus exportateurs nets de pétrole et de gaz, ils profitent de la hausse des cours. Le surcroît de revenus pourrait représenter jusqu’à un point de PIB, tandis que la perte pour l’Europe pourrait atteindre 1,5 à 1,6 point. La Chine, le Japon ou la Corée du Sud, fortement dépendants des approvisionnements du Moyen-Orient, sont également pénalisés.
L’onde de choc géopolitique : entre erreurs stratégiques et résilience des entreprises
En n’accordant qu’une attention relative à ses alliés, Donald Trump pourrait, à travers ce conflit, fragiliser durablement le système d’alliances. Avait-il anticipé l’ensemble de ces conséquences ? Rien n’est moins sûr. Pourtant, ce conflit est déjà responsable de nombreuses pertes humaines, de destructions étendues au Moyen-Orient et d’un ralentissement de l’activité à l’échelle mondiale. Si le choc pétrolier devait se prolonger, ses effets pourraient être majeurs, comme le soulignent plusieurs économistes, notamment au sein du FMI.
Au nom du monopole de la violence légitime, les États peuvent se permettre des actions qu’aucun autre acteur ne peut légalement accomplir. À l’inverse, un dirigeant d’entreprise, pour lancer un nouveau produit ou une nouvelle activité, doit évaluer les risques, analyser le marché et convaincre ses partenaires financiers. Force est de constater que les entreprises ont démontré, ces dernières années, une capacité d’adaptation remarquable. Confrontées à une succession de chocs depuis 2020, elles ont fait preuve d’une résilience notable, comme en témoignent leurs résultats et, pour les sociétés cotées, l’évolution de leurs cours de bourse. Les dirigeants ont appris à évoluer dans un environnement instable.
Pour autant, leur résistance n’est pas illimitée. Il serait souhaitable que l’Europe réduise sa dépendance aux décisions américaines et aux approvisionnements énergétiques du Moyen-Orient. De même, l’achèvement du marché unique et la construction d’un véritable marché européen des capitaux constituent une ardente obligation.
Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.
FAQ : les enjeux du conflit et leurs conséquences économiques
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