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Le prix du crédit – L’édito de Philippe Crevel

Le prix du crédit

L’économie mondiale reste prise en otage par les États-Unis et l’Iran, sur fond de négociations toujours chaotiques. Quelques avancées se dessinent concernant la circulation dans le détroit d’Ormuz, sans permettre pour autant une véritable décrue des prix de l’énergie. Les tensions sont particulièrement importantes sur le marché des produits raffinés, en particulier le gazole et le kérosène. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes ont également réduit les capacités disponibles, conduisant Moscou à prolonger jusqu’à fin octobre ses restrictions sur les exportations de diesel.

Inflation et taux repartent à la hausse

Dans ce contexte, l’inflation est repartie à la hausse en cette fin d’été. En France, elle a atteint 3 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août. La remontée des prix de l’énergie a conduit les banques centrales à durcir leur politique monétaire. Le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne, qui était encore de 2 % au début de l’année, a été porté à 2,50 % le 16 septembre. Une nouvelle hausse de 0,25 point d’ici la fin de l’année est anticipée par les marchés, même si la BCE rappelle qu’elle ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux.

Ce durcissement monétaire finit par se transmettre au coût du crédit. Les banques doivent composer avec un environnement de taux plus élevés, tant pour leurs ressources que pour la rémunération de l’épargne. Les conditions de financement des entreprises sont également influencées par la hausse générale des rendements obligataires. Les taux souverains augmentent depuis plusieurs mois sous l’effet conjoint des tensions inflationnistes, des anticipations de politique monétaire et de la dégradation des finances publiques. En France, le rendement de l’OAT à dix ans est ainsi passé d’environ 3,5 % à la fin de 2025 à près de 4,7 % à la fin du mois de septembre.

Une économie au ralenti, avec quelques éclaircies

Avec la remontée simultanée des taux et de l’inflation, l’économie française évolue au ralenti depuis le début de l’année, sans pour autant être entrée en récession. Le PIB a reculé de 0,2 % au premier trimestre avant de se stabiliser au deuxième. Une très légère reprise est néanmoins attendue en fin d’année. Les consommateurs demeurent prudents et continuent de privilégier l’épargne. Leur confiance reste faible, à 86 en septembre, très en dessous de sa moyenne de longue période.

Tous les secteurs ne connaissent cependant pas la même situation. L’industrie résiste mieux que le commerce. En septembre, son indicateur de climat des affaires s’établissait encore à 101, quand celui de l’ensemble de l’économie était tombé à 96. Les activités de services aux entreprises demeurent également des points d’appui pour l’économie française.

La France peut, par ailleurs, compter sur une saison touristique particulièrement favorable. La fréquentation des hébergements collectifs a progressé de 2,8 millions de nuitées durant l’été 2026 pour atteindre 260,5 millions, soit le niveau le plus élevé depuis quinze ans. Ce chiffre ne tient pas compte des locations réalisées directement entre particuliers. Atout France estime que les recettes du tourisme international pourraient atteindre 80 milliards d’euros en 2026, contre environ 77 milliards en 2025. Le tourisme domestique reste également dynamique, 84 % des Français ayant séjourné en France durant leurs vacances.

Un crédit plus cher, mais toujours disponible

Pour les entreprises, le changement de contexte est néanmoins réel. Elles doivent désormais composer avec trois contraintes simultanées : une demande intérieure peu dynamique, des coûts énergétiques de nouveau en hausse et un financement plus onéreux. Pour autant, il n’y a pas, à ce stade, d’assèchement du crédit. Selon la Banque de France, les encours de crédits accordés aux PME continuaient de progresser de 2,2 % sur un an en juillet. Le coût moyen des nouveaux financements bancaires des PME atteignait alors 3,72 %, contre 3,53 % en mai.

Le crédit n’a pas disparu, mais il a retrouvé un prix. Ce dernier n’empêche par les investissements. Il suppose un degré d’exigence plus élevé au niveau du choix de ces derniers. L’économie reste toujours il ne faut pas oublier, fonder sur l’épargne et l’investissement, la première permettant le second. Sans l’une et l’autre, point de croissance et d’emplois !

Philippe Crevel, économiste, Cercle de l’Épargne

Philippe CREVEL

Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.

FAQ : conjoncture économique et crédit professionnel

Pourquoi le crédit coûte-t-il plus cher aujourd’hui ?

L’inflation a atteint 3 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août, en raison de la hausse des prix de l’énergie. Pour la contenir, la BCE a relevé son taux de dépôt de 2 % à 2,50 % le 16 septembre. Les banques se financent plus cher, et cette hausse se répercute progressivement sur le coût du crédit.

Les taux vont-ils encore augmenter ?

Les marchés anticipent une nouvelle hausse de 0,25 point d’ici la fin de l’année. La BCE rappelle toutefois qu’elle ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux. Personne ne peut donc prévoir leur évolution avec certitude.

Qu’est-ce que l’OAT à 10 ans et pourquoi compte-t-elle ?

L’OAT est le taux auquel l’État français emprunte sur dix ans. Elle sert de référence pour une partie des financements à long terme. Elle est passée d’environ 3,5 % fin 2025 à près de 4,7 % fin septembre, ce qui pèse sur les conditions de financement.

Les banques continuent-elles à prêter ?

Oui. Selon la Banque de France, les encours de crédits accordés aux PME progressaient encore de 2,2 % sur un an en juillet. Il n’y a pas, à ce stade, d’assèchement du crédit.

Combien coûte aujourd’hui un financement bancaire pour une PME ?

En juillet, le coût moyen des nouveaux financements bancaires des PME atteignait 3,72 %, contre 3,53 % en mai. Il s’agit d’une moyenne : chaque dossier est étudié au cas par cas.

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