La guerre en Iran, déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, soumet l’économie française et mondiale à un nouveau choc énergétique de grande ampleur, le baril de pétrole étant passé de 60 à plus de 100 dollars. Un mois après le début du conflit, l’évaluation des conséquences pour les entreprises demeure encore délicate. Celles-ci dépendront, en effet, de la durée et de l’intensité de cette guerre. Quoi qu’il en soit, ce conflit souligne une nouvelle fois la dépendance de l’économie française aux hydrocarbures. De nombreux secteurs sont touchés de plein fouet, tout particulièrement les transports, l’industrie, le bâtiment et l’énergie. Les coûts de production augmentent dans un contexte de croissance atone, rendant difficile leur répercussion sur les prix de vente.
Des entreprises françaises déjà fragilisées par une succession de crises
Depuis l’épidémie de Covid, les entreprises françaises ont dû supporter une succession de chocs : guerre en Ukraine, tensions politiques, remontée des taux d’intérêt, durcissement des conditions financières, montée des droits de douane. Elles ont fait preuve, jusqu’à présent, d’une réelle capacité de résistance. Néanmoins, en 2025, le nombre de défaillances a atteint un niveau élevé, dépassant les 60 000, signe d’un tissu économique fragilisé.
Investir ou préserver sa trésorerie : un équilibre délicat
La guerre en Iran, avec les risques de blocage du détroit d’Ormuz, peut inciter à l’attentisme et au report des dépenses d’investissement, au risque de dégrader à terme la compétitivité. Dans ce contexte, les entreprises sont confrontées à des équations complexes : préserver leur trésorerie tout en continuant à investir ; maîtriser leurs charges tout en essayant de gagner des parts de marché.
La réduction des coûts, en particulier énergétiques, s’impose comme une priorité. Le recours accru à l’électricité, dont les prix sont structurellement moins volatils que ceux des hydrocarbures, devient une nécessité à la fois économique et environnementale. Parallèlement, la recherche de gains de productivité constitue un levier essentiel. L’accélération de la digitalisation et l’utilisation de l’intelligence artificielle peuvent générer des économies substantielles, que ce soit dans les achats, la gestion des stocks, le marketing ou les fonctions administratives. Pour les entreprises de services, ces outils offrent la possibilité de réallouer du temps vers des activités à plus forte valeur ajoutée, notamment la relation client et le développement commercial.
Tirer les leçons du passé pour éviter les erreurs stratégiques
Les deux chocs pétroliers des années 1970, qui avaient conduit à un quadruplement puis à un doublement du prix du pétrole, avaient profondément transformé le tissu productif français, non sans difficultés. L’économie française avait alors peiné à négocier certains virages technologiques. Aujourd’hui, le risque serait de reproduire ces erreurs en cédant à une logique défensive.
Le retour d’un choc énergétique majeur marque sans doute la fin d’un cycle, celui d’une énergie abondante, accessible et relativement prévisible. L’économie entre dans un régime de contrainte où la volatilité des coûts, la fragmentation géopolitique et les tensions sur les approvisionnements deviennent des données permanentes.
Le financement, clé de voûte de la résilience des entreprises
Dans un environnement complexe et instable, la tentation du repli est forte. Elle est pourtant contre-productive. Les périodes de crise sont aussi celles où se redessinent les positions concurrentielles. Les entreprises qui maintiennent leurs investissements, modernisent leurs outils de production et adaptent leur modèle économique sont celles qui sortent renforcées des phases de turbulence.
Dans ce contexte, l’accès au financement devient un enjeu clé. Après une forte hausse entre 2022 et 2024, les taux d’intérêt avaient amorcé un reflux. Le conflit au Moyen-Orient introduit une nouvelle incertitude. En cas de tensions inflationnistes durables, les banques centrales pourraient être conduites à durcir à nouveau leur politique monétaire. D’ores et déjà, les taux longs se redressent légèrement, entraînant une remontée des conditions d’emprunt.
Cette évolution impose aux dirigeants une gestion plus exigeante de leurs projets. La qualité des dossiers, la visibilité des flux de trésorerie et la cohérence des stratégies d’adaptation deviennent déterminantes. Plus que jamais, l’accompagnement des entreprises dans leurs projets de financement prend tout son sens. Identifier les bons leviers, arbitrer entre investissement et préservation de la liquidité, sécuriser les montages financiers : ces décisions conditionnent la capacité des entreprises à traverser cette nouvelle épreuve.
Dans cette économie de contrainte, la capacité à financer sa transformation devient un facteur décisif de compétitivité. Elle fera la différence entre les entreprises qui subiront les chocs et celles qui sauront en faire un levier d’adaptation et de développement.
Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.
FAQ : Choc pétrolier et résilience des entreprises françaises
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