Skip to Content
EFFECTUEZ UNE RECHERCHE

La France, une terre de crédit : l’analyse de Philippe Crevel

La France, une terre de crédit : l’analyse de Philippe Crevel

La France a une longue tradition bancaire dans le financement de l’économie. Dès le XIIe siècle, en plein Moyen Âge, des changeurs, sur le Pont au Change, convertissent les monnaies et sécurisent les transactions. Les foires de Champagne structurent les premiers réseaux de crédit à distance. Les ordres religieux, notamment les Templiers, pratiquent au XIIIe siècle des formes de dépôts transférables.

Au XVe siècle, des figures comme Jacques Cœur organisent des circuits financiers au service du commerce méditerranéen et du Trésor royal. La France restera longtemps marquée par la malheureuse expérience de John Law au début du XVIIIe siècle. Sa Banque Royale introduit le billet de banque et tente d’articuler dette publique, création monétaire et développement colonial. La faillite de sa banque en 1720 nourrit une défiance durable envers le papier-monnaie, défiance qui sera encore accrue par la multiplication des assignats durant la période révolutionnaire.

La Banque de France, créée en 1800 par Bonaparte, devient rapidement la colonne vertébrale financière du système de financement de l’économie. Après le Premier Empire, progressivement, un système d’intermédiation bancaire se met en place, permettant de transformer les dépôts des ménages en prêts. La création du Livret A et de l’assurance-vie au début du XIXe siècle constitue l’un des éléments fondateurs de cette nouvelle aventure. De grands établissements financiers, comme le Crédit Lyonnais ou la Société Générale, émergent, permettant de mobiliser l’épargne afin de financer notamment les chemins de fer et les entreprises sidérurgiques. Le Crédit Agricole, né également au XIXe siècle, se fixe pour objectif d’accompagner la modernisation du monde rural. Les réseaux mutualistes (Banques Populaires, Caisses d’Épargne) structurent une finance de proximité.

À la Libération, l’État nationalise les grandes banques de dépôts et la Banque de France afin de pouvoir orienter le crédit. Celui-ci devient un instrument de planification. Les taux sont administrés, l’allocation du crédit orientée vers la reconstruction et l’industrialisation. Ce modèle, qualifié par les économistes d’économie d’endettement, confirme le rôle clé de l’intermédiation bancaire : les entreprises se financent majoritairement par le crédit, les marchés restant secondaires.

De l’économie d’endettement au défi du financement moderne

Même si, depuis, les grandes banques ont été privatisées et qu’en parallèle un vaste mouvement de déréglementation a été opéré, la France demeure majoritairement un pays dans lequel les entreprises se financent essentiellement par le crédit, autour de 65 %. Fin 2025, selon la Banque de France, l’encours des financements des entreprises s’élevait à 2 142,5 milliards d’euros, dont 1 408,4 au titre des crédits bancaires et 734 au titre du financement de marché.

Cette spécificité est liée à l’existence de grands réseaux bancaires et à la préférence des épargnants pour la liquidité et la sécurité. La banque transforme l’épargne liquide en prêts de moyen ou long terme. Les banques sont donc appelées à apprécier les risques et à fixer le prix de l’argent, ce qui peut générer quelques tensions avec celles ou ceux qui sollicitent des prêts. Ce prix de l’argent dépend de l’offre, de la demande et des conditions de refinancement des banques auprès, notamment, de la Banque centrale, ainsi que de la réglementation fixée par les pouvoirs publics.

Cette mécanique complexe suppose une évaluation précise des risques, ce qui peut nourrir des tensions entre prêteurs et emprunteurs. L’analyse des projets d’investissement, avec une appréciation de l’évolution de la demande et des coûts, constitue une voie de passage obligée reposant sur des professionnels de plus en plus aguerris.

La France est un pays d’épargne, mais elle est surtout un pays de crédit. Depuis des siècles, elle avance par l’intermédiation, par la transformation du court terme en long terme, par cette alchimie discrète qui convertit la confiance en investissement. À l’heure où les transitions s’accélèrent, où les marges se tendent et où la croissance se reconstruit projet après projet, le crédit reste le moteur silencieux de l’économie réelle. Derrière chaque ligne de financement se joue bien plus qu’un simple arbitrage financier. Il s’agit de mesurer un projet, d’évaluer une stratégie, d’anticiper un marché. Le crédit n’est ni automatique ni administratif. Il repose sur la solidité d’un modèle, la cohérence d’un développement et la crédibilité d’un dirigeant.

Philippe CREVEL

Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.

FAQ : les clés de la tradition bancaire française

Quelle est l'origine du crédit en France ?

La tradition remonte au XIIe siècle avec les changeurs du Pont au Change et les foires de Champagne qui ont structuré les premiers réseaux de crédit à distance.

Pourquoi la France privilégie-t-elle le crédit bancaire aux marchés financiers ?

Cette spécificité est liée à l’existence de grands réseaux bancaires historiques et à une préférence marquée des épargnants français pour la liquidité et la sécurité.

Quelle part représente le crédit dans le financement des entreprises ?

Fin 2025, le crédit bancaire représente environ 65 % du financement des entreprises françaises, soit un encours de 1 408,4 milliards d’euros sur un total de 2 142,5 milliards.

Quel est le rôle de la banque dans l'intermédiation ?

La banque opère une « alchimie » : elle transforme l’épargne liquide à court terme des ménages en prêts de moyen ou long terme pour financer les projets des entreprises.

Le crédit est-il devenu automatique aujourd'hui ?

Non, le crédit n’est ni administratif ni automatique. Il repose sur l’évaluation précise des risques, la solidité d’un modèle économique et la crédibilité du dirigeant.

Articles similaires

Anne-Sophie Beau | 12 Mars 2026 | Actualités

Le cabinet CrediPro Périgord-Limousin sera également présent au Franchise Expo Paris 2026, les 14 et 15 mars 2026, afin de rencontrer les entrepreneurs, franchiseurs et porteurs de projets souhaitant structurer et financer leur développement.

LIRE LA SUITE
CrediPro France | 25 Février 2026 | Actualités

Obtenez un Prêt professionnel libéral pour votre installation. Conseils d’experts pour structurer un dossier gagnant et optimiser votre coût de crédit.

LIRE LA SUITE
image description