Une résilience mondiale à l’épreuve de l’instabilité
Avec Donald Trump, chaque semaine donne lieu à des annonces et à des contre-annonces, fracassantes les unes comme les autres. Cette succession rapide de chocs a toutefois un effet paradoxal ; elle teste la résilience des économies et contribue à la renforcer. La croissance mondiale en apporte l’illustration. Contre toute attente, la récession redoutée au printemps dernier n’a pas eu lieu. En 2025, le PIB mondial a progressé de 3 %, un rythme honorable dans un contexte aussi instable.
L’économie américaine a légèrement ralenti, sans rupture brutale. L’Allemagne a renoué avec la croissance après deux années de récession. La France, malgré un environnement budgétaire et politique contraint, s’en sort avec une croissance proche de 1 %. La production industrielle progresse, tout comme les exportations. Les entreprises françaises ont bénéficié de la solidité de la demande mondiale et d’une amélioration de leur compétitivité, favorisée par une inflation particulièrement faible, limitée à 0,9 % l’an dernier. L’aéronautique, les chantiers navals, le tourisme, le secteur financier et les services aux entreprises ont joué un rôle moteur. Pour autant, cette résilience ne signifie pas un retour à la normalité. Dans les prochains mois, les entreprises devront continuer à évoluer dans un environnement incertain. L’adoption de la loi de finances apporte une forme de stabilité politique et fiscale à court terme, mais au prix d’un alourdissement de la pression fiscale pesant principalement sur les grandes entreprises. La promesse de suppression des impôts de production n’a pas pu être tenue, ce qui continue de peser sur la compétitivité et les marges. Un élément plus favorable pourrait venir d’Allemagne. Le plan de relance de 800 milliards d’euros, destiné à moderniser les infrastructures et à renforcer les capacités militaires, devrait irriguer l’ensemble de la zone euro. La France, premier partenaire économique de l’Allemagne, pourrait en bénéficier indirectement, notamment à travers les chaînes industrielles et les investissements transfrontaliers.
Le financement : nouveau pivot stratégique face à la sélectivité bancaire
Dans ce contexte, l’évolution des taux d’intérêt constitue un enjeu central pour les entreprises. Si l’inflation est revenue autour de la cible de 2 % dans la zone euro, les écarts entre États membres restent marqués : 0,9 % en France contre près de 3 % en Espagne. Cette hétérogénéité incite la Banque centrale européenne à la prudence. Elle doit également composer avec la politique monétaire américaine. Les pressions exercées par Donald Trump sur la Réserve fédérale pour une baisse rapide des taux se heurtent, pour l’instant, à la volonté de Jerome Powell de préserver l’indépendance de l’institution et de prévenir un retour de l’inflation. Un changement de cap aux États-Unis pourrait toutefois contraindre la BCE à ajuster sa propre trajectoire afin de limiter l’appréciation de l’euro. Parallèlement, l’augmentation des besoins de financement des États de la zone euro exerce une pression haussière sur les taux d’intérêt à long terme. Cette remontée, partiellement répercutée par les banques, renchérit le coût du crédit pour les entreprises. Elle intervient alors même que l’investissement amorce un redémarrage. Dans ce nouvel environnement, le financement n’est plus automatique : il redevient sélectif, négocié, structuré.
À ces incertitudes s’ajoutent les tensions commerciales. Les droits de douane sont redevenus des instruments géopolitiques majeurs de la politique américaine. À l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump restera attentif aux questions de pouvoir d’achat et cherchera probablement à éviter une crise financière. Mais les entreprises doivent s’attendre à une poursuite des pressions commerciales et des initiatives d’ingérence, y compris vis-à-vis des alliés européens.
Dans ce contexte d’incertitude durable, la capacité des entreprises à investir, à se développer et à se transformer dépendra étroitement de leurs conditions de financement. Le crédit redevient un facteur clé de compétitivité. Plus que jamais, la structuration des financements, le choix des maturités, la maîtrise du coût de la dette et l’anticipation des cycles de taux constituent des enjeux stratégiques. La bonne tenue récente du climat des affaires, en France, mesurée par l’INSEE, traduit un regain prudent d’optimisme. Mais cet optimisme repose sur une conviction partagée par de nombreux dirigeants : dans un monde plus instable, bien se financer devient aussi important que se financer.
Philippe Crevel, économiste, est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.
FAQ : comprendre l'économie et le financement en 2026
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